Afrique noire pharaonique et subsaharienne : Unité culturelle en eaux originelles 
11/12/2007
http://www.afrikara.com/index.php?page= … p;art=1968

Les civilisations africaines par de-là limmense richesse de leurs expressions culturelles, qui se donneraient en autant de styles, de genres, desthétiques aux multiples facettes, possèdent en commun un étonnant patrimoine qui les lient, et les distinguent souvent des autres. Un des lieux exemplifiant cette puissance unifiante et unificatrice des sociétés africaines, est bien le statut quy tient leau (de-là) dans larrière-plan philosophique, linguistique, spirituel. Une espèce de code commun de rattachement aux origines de la création.

Reliées les unes aux autres par des liens millénaires, quelques fois invisibles parce que terriblement présents sur des supports impensés, à linstar des mille évocations de leau prodigieuse, maléfique, divinité, mets et rites de pluie ,  les matérialisations culturelles du continuum négro-africain nen finissent pourtant pas de répéter leurs théories et métalangues communes.

Lhistorien Aboubacry Moussa Lam, égyptologue à luniversité Cheikh Anta Diop de Dakar sest intéressé aux rapprochements et correspondances dans la terminologie et dans le sens accordé aux noms deaux, de crues, découlements, de divinités aquatiques. La prise ne fut pas ingrate et il la synthétise dans son ouvrage La vallée du Nil berceau de lunité culturelle dAfrique noire (Khepera / Presses universitaires de Dakar, 2006). Lidée dune eau originelle, à la base de toute création est en effet répandue dans les cultures africaines, depuis le Noun égyptien, Amma le dieu deau ou le Nommo génie primordial fait deau chez les Dogon. Les Sereer présentent des cosmogonies similaires. Le lait considéré comme eau éternelle chez les Peuls sinscrit dans cette acception de léternité, de loriginaire. Quant aux Fang dAfrique centrale, ils mettent au centre de lédifice de leurs puissantes cosmogonies Eyo, eau primordiale, incréées et comme le Noun, sans commencement ni fin.

Théophile Obenga dans son (le) classique Philosophie africaine de la période pharaonique (LHarmattan, 1990) rappelle que dans lère dite bantu, la conception des eaux créatrices, fertilisantes, de leur force cosmique est présente. Les Venda rétro projettent la première création comme un trou deau tourbillonnante. Chez les Bambara ce sont les sources centrales du ciel qui irriguèrent la terre aux origines. Tano lui trône en dieu créateur chez les Akan.

Le linguiste et égyptologue en chef de lécole diopienne, tire la substantifique de cette conception particulière de loriginaire. Leau est et fait être. Revitalisante, généreuse aux très anciennes sociétés agraires négro-africaines, elle est une structure, un progrès qui donne consistance au monde des dieux premiers.

De cette conception de lavant-monde découle de nombreux avatars et divinités liées à leau, y compris dans les croyances populaires et superstitions. Khnoum le gardien des sources du Nil, dieu deau lui aussi a comme avatar le bélier. Le même bélier se trouve associé à plusieurs divinités de leau en Afrique contemporaine, Pieléka au Togo figure la pluie mâle, Shango dieu Yoruba du tonnerre et de lorage est symbolisé par un masque de bélier, tout comme  Saga Djigi dieu de lorage chez les Mandingue qui se promène sur les nuages.

Les cultures africaines se rejoignent de plusieurs façons dans cette conception dun avant-monde dominé et structuré par les eaux originelles. Une conception qui témoigne dune unité culturelle exprimée selon différents environnements, selon des expériences historiques spécifiques et différenciées. La profusion des approches particulières au sein du grand patrimoine africain devrait faire lobjet dun investissement intellectuel de premier ordre afin dextraire de cette saisie des origines, totalement différente des acceptions judéo-chrétiennes, les compréhensions africaines du monde, du vivant, de lêtre, des genres, de la vie, de la mort.